Communication sur "L'évolution du rôle du Ministère des Relations avec le Parlement"
 

I-  L'historique de la création du Ministère des Relations avec le Parlement

L'Algérie   a connu  des  changements  politique  et  institutionnel  très  profonds,  enclenché  par  la  révision

 constitutionnelle  du  28Novembre 1989,  qui a consacré la séparation des pouvoirs et l’adoption du multipartisme. Et  dans le souci de consolider cette nouvelle alternative, notre pays a instauré dans la constitution de 1996, et pour la première fois dans son histoire, le système bicaméral. Ainsi la libéralisation du champ politique et la variation des acteurs dans le cadre de la prise de décision dans les affaires publiques, constituent autant d'éléments qui révèlent que les autorités algériennes ont pris conscience de l’importance de la mise en place des facteurs qui contribuent  à la bonne gouvernance.

En appui à ce choix, les pouvoirs publics se sont attelés à créer un environnement propice à cette gouvernance, en axant leurs priorités sur l’instauration d’un équilibre entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, et en accordant une importance primordiale aux relations entre les deux institutions.

 C’est pourquoi la constitution de 1996 a consacré une part importante à cette question, en prévoyant  un certain nombres de mécanismes et de règles qui régissent les rapports entre les deux pouvoirs, devant garantir leur équilibre, et favoriser leur coopération et leur complémentarité dans un objectif commun, celui de la promotion et la consolidation de la démocratie, et la réalisation de l’intérêt supérieur de la Nation.

 C'est dans le but de rendre cette complémentarité et coopération entre les deux institutions effective et permanente, que fut crée en 1997 le Ministère des Relations avec le Parlement, lors de la mise en place par décret présidentiel

n° 97-231 du 25 juin 1997 du premier gouvernement, après l’organisation des élections législatives et locales pluralistes de 1997, suivi de l’installation des deux nouvelles chambres du parlement multi partisan.

 A cet égard, il y a lieu de noter que l’Algérie n’a pas innové  en la matière, mais s’est largement inspiré de l’expérience de certains pays voisins et méditerranéens, qui disposent d’un système pluraliste bicaméral, et dotés d’une institution chargée des relations avec le Parlement. 

Le Ministère a entamé en 1997 ses activités, en l’absence de textes juridiques qui déterminent ses missions et son organisation, et ce  jusqu’à  janvier 1998 date de promulgation des  deux décrets n° 98-04 et 98-05 du 17 janvier 1998 déterminant successivement, les prérogatives du Ministre, et l’organisation de l’administration centrale du ministère.

 A ce niveau, il y a lieu de souligner toutefois, la spécificité et la particularité du système algérien, car à l’opposé des expériences étrangères  dont les législations indiquent de façon sommaire et générale les attributions dévolues à ce ministre, le système algérien a accordé de larges prérogatives au ministre chargé des relations avec le parlement, et a défini ces prérogatives avec précision.

 En dépit de l’importance des missions prévues dans le décret de 1998, axées essentiellement sur la coordination des relations fonctionnelles entre le Gouvernement et le Parlement, et touchant tous les domaines du travail parlementaire autant au niveau des procédures législatives que du contrôle, le ministère n’a pu, au début de sa création, assumer pleinement ses missions, et s’est confiné dans un rôle procédural et administratif.

Cette situation est due essentiellement à  trois  raisons objectives :

     La nouveauté du système parlementaire adopté par l’Algérie caractérisé par l’absence de traditions et de pratiques dans le domaine du bicaméralisme.

     L’absence du cadre juridique qui codifie et clarifie la relation entre les deux chambres ainsi que la relation fonctionnelle entre le Gouvernement et le Parlement.

     La diversité des acteurs politiques tant au niveau du Parlement que dans la composition du Gouvernement, fait nouveau pour un pays qui jusque là était dirigé par un parti unique.

 En effet, il a fallu attendre mars 1999 pour voir la promulgation de la loi organique n°99-02 du 08 mars 1999, prévue par l’article 155 de la Constitution de 96 qui est venue définir ces rapports et fixer avec précision les relations fonctionnelles entre le Gouvernement et les deux Chambres du Parlement.

 Il y a lieu de souligner que la loi organique N°99-02 est intervenue sur initiative du Ministère des Relations avec le Parlement.

   Ainsi la création du ministère étant intervenu pour répondre donc à un souci de bonne gouvernance dans la gestion de la relation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.

 Quels sont les objectifs et les missions assignés à ce Ministère ?

II- Présentation du rôle du Ministère des Relations avec le Parlement tel que prévu les textes:

 En application des dispositions de la loi fondamentale (constitution) et de la loi organique  N° 99-02, le Ministre des relations avec le Parlement s’est vu conférer, en vertu du  décret n° 98-04 l’importante mission de représenter le Gouvernement auprès du Parlement, ayant la charge d’organiser, de coordonner et de promouvoir les relations entre les deux institutions, et c’est dans ce sens qu’on dit que ce ministre joue le rôle d’interface entre le Gouvernement et le Parlement.

Le Ministre des Relations avec le Parlement a également comme mission non moins importante de prêter une écoute attentive aux actions et initiatives des parlementaires et de prendre note pour informer le Gouvernement de toutes les remarques, suggestions et propositions.

  A ce titre le ministre est chargé essentiellement :

1/ de Coordonner le travail et les actions  du Gouvernement et du Parlement, Il arrête en concertation  avec les bureaux des deux chambres,  l’ordre du jour des sessions ordinaires et extraordinaires, fixe l’ordre de priorité des textes  inscrits à l’ordre du jour des sessions, déclare  l’urgence d’un texte en l’inscrivant à l’ordre du jour de la session en cours.

 2/ D’assurer le suivi des travaux du Parlement tant  en matière législative qu’en matière de contrôle parlementaire.

Il assiste aux travaux des commissions permanentes et paritaires, et aux séances plénières réservées à l’examen et au vote des projets et propositions de lois.  

3/ D’organiser les modalités et les procédures de transmissions aux membres du Gouvernement des différentes instruments de contrôle parlementaire, et veille à ce qu’ils  respectent  les délais qui leurs sont impartis pour y répondre. 

4/ D’entretenir des relations et rapports continus avec les membres du Parlement et les groupes parlementaires. 

Pour accomplir au mieux ses missions, le Ministre des relations avec le Parlement est assisté par une administration qui comprend :

-Un Secrétaire Général.

-Un cabinet du Ministre.

-Et quatre Divisions qui sont des structures techniques, il s'agit de :

1)-La division de la coordination des relations avec le Parlement.

2)-la division du suivi des procédures législatives et des affaires juridiques.

3)-la division du contrôle parlementaire.

4)-la division de la coopération et des études.

-Et une direction de l'administration générale. 

Telles sont les principales missions dévolues au Ministre des Relations avec le Parlement en vertu des textes. 

Toutefois, l’expérience des huit (08) années d’éxistence du ministère a démontré la spécificité et la complexité du rôle du ministre, qui s’avère un rôle à la fois politique et fonctionnel.

 C’est  sans doute cette particularité des missions révélées par la pratique au quotidien, et reconnues par tous, qui méritent d’être mises en exergue. Question qui fera l'objet de développement de cette troisième partie.

 

III- L'évolution du Rôle du Ministre des Relations avec le Parlement  à  la lumière de la pratique:

1-En matière de coordination :

         Rôle de Coordinateur Permanent :

La relation entre le Gouvernement et le Parlement n’est pas l’apanage du Ministre des Relations avec le Parlement ; En effet il arrive que le Chef du Gouvernement se présente personnellement  devant les  deux chambres et ce à différentes occasions, lors de  la présentation du programme du gouvernement, la présentation de la déclaration de politique générale, en cas  de motion de censure, d’interpellation, ou  de vote de confiance.

Comme il appartient aux membres du Gouvernement d’assister aux travaux des deux chambres à l’occasion de l’étude des projets et propositions de loi concernant les secteurs dont ils ont la charge, ou lors des séances consacrées aux réponses aux questions orales qui leur ont été adressées, ou en cas d’audition par l’une des commissions parlementaires. Toutefois, ces relations restent sectorielles, limitées et conjoncturelles et ne couvrent pas tous les domaines des relations entre le Gouvernement et le Parlement, et ne permettent pas au Gouvernement d’avoir une vision globale et approfondie des ces relations de façon à les évaluer et les réorienter.

Et c’est dans cet objectif qu’apparaît l’importance et l’intérêt du rôle du Ministre des relations avec le Parlement, sa présence permanente auprès des deux chambres et son contact continu avec les différentes composantes politiques du parlement, lui permet d’avoir une vue d’ensemble sur la nature, le degré et la qualité des rapports de l’exécutif et du législatif d’identifier les problèmes posés , et par la même contribuerait à éclairer le Gouvernement et l’aiderait à définir sa stratégie et sa politique relationnelle et fonctionnelle avec le Parlement.

 2-En matière de suivi des procédures législatives  

a/ Rôle de veille juridique : 

    Le rôle du Ministre des Relations avec le Parlement ne commence pas seulement lors du dépôt des projets de loi sur le bureau de l’Assemblée Populaire Nationale, mais il joue un rôle préalable à cette étape ;

En effet, dans le cadre du travail gouvernemental, le Ministre des Relations avec le Parlement peut , lors de l’étude et examen des projets de lois en Conseil du Gouvernement ou en Conseil des Ministres , émettre des réserves et des observations concernant certains textes qui seront soumis au  Parlement, et attirer, par la même occasion, l’attention du Gouvernement sur les obstacles et les difficultés que pourrait rencontrer le projet de loi; et ce, au vu des informations et des renseignements qu’il a pu avoir grâce à  ses relations permanentes avec les parlementaires. Par ces interventions, le Ministre peut apporter son concours  au Gouvernement afin d’adapter le texte de façon à éviter son blocage lors de son examen et étude par les deux chambres du Parlement.

 b/ Rôle de veille aux respects des décisions du Gouvernement :

   La présence permanente, du Ministre des relations avec le Parlement au sein des deux chambres, surtout lors de l'étude et de l'examen des projets de textes par les commissions permanentes et paritaires, lors des séances plénières du Parlement, dépasse le rôle d'assistance au ministre concerné directement  par le texte soumis à l'examen.

Plutôt que de s'attacher à l'aspect technique des textes, qui est du ressort des ministres sectoriels, le rôle du ministre des relations avec le Parlement a beaucoup plus trait au côté politique de ceux-ci, particulièrement au point de vue de leur conformité au programme du Gouvernement et aux arbitrages décidés lors des Conseils des Ministres. A ce titre il s’assure de l’application des décisions prises par le Conseil des Ministres? et  veille à ce que les textes soumis à l’examen des deux chambres ne soient pas dénaturés et déviés de leur objectif initial fixé par le Gouvernement.

c/ Rôle d’assistance juridique :

         Dans ce cadre, le ministre veille aussi au respect des dispositions constitutionnelles, il s’assure que les amendements proposés par les députés et  acceptés par le Gouvernement soient conformes à la constitution notamment, en ce qui concerne leur recevabilité, ainsi que le respect du domaine législatif et réglementaire déterminé par la constitution.

 e/ Rôle de médiateur :

          Le Ministre œuvre aussi  en faveur du rapprochement des points de vue entre Gouvernement et Parlement lors des amendements des projets et propositions de loi. Ainsi le ministre peut soit tenter de convaincre les députés à retirer certains de leurs amendements, soit inciter le Gouvernement à accepter les amendements proposés par  les députés.

        3- En matière de relation avec les parlementaires :

            Dans le souci de promouvoir la démocratie parlementaire, l'action du Ministre des relations avec le Parlement dépasse parfois la traditionnelle coordination avec les organes des deux chambres  et les  groupes parlementaires de la majorité,  pour s'étendre aux groupes de l'opposition. Il constitue le canal approprié pour transmettre les préoccupations des parlementaires au Gouvernement, ce qui faciliterait l'acceptation par ces groupes de l’opposition  de certaines décisions du Gouvernement et par la même, l’adhésion  du Gouvernement à  certaines propositions de l’opposition..

Par ailleurs, le Ministre joue un rôle non négligeable en   facilitant  les rencontres entre les  membres du Gouvernement et les parlementaires, lesquelles rencontrent ont pour objet l'examen d'affaires concernant les circonscriptions dont ils assurent la représentation, et constituent des canaux plus directs et plus efficaces pour solutionner les problèmes posés au niveau de ces circonscriptions électorales.  

En effet les parlementaires étant un lien direct avec les citoyens qu’ils représentent, reçoivent souvent des doléances de ces populations, mais ne disposant pas de moyens pour répondre à leurs préoccupations, une collaboration avec les ministres est nécessaire.

4- En matière de contrôle de l'action du Gouvernement :

A/-Question orales:

 Dans ce domaine, le Ministre des Relations avec le Parlement, œuvre  dans le sens de faciliter le travail parlementaire et de rendre l’usage des différents mécanismes de contrôle parlementaire un outil de stimulation et de promotion de la relation entre le gouvernement et le parlement, en  incitant   les Ministres concernés par les questions orales,  à répondre aux questions revêtant un caractère d'actualité, à assister aux séance réservées aux réponses aux questions orales,  en organisant en concertation avec les bureaux des deux chambres l’ordre de passage des ministres au vue de leur agenda . Et si les circonstances l'exigent, et en cas d’empêchement,  le Ministre  concerné par les questions peut  se faire représenter par un autre membre du Gouvernement et ce, pour éviter le report des séances de réponse, du à l’indisponibilité de certains ministres du Gouvernement en raison d’un programme d’activité chargé. 

b/-Question écrites:

Le Ministre chargé des relations avec le Parlement veille au suivi des questions écrites en adressant, le cas échéant, aux ministres concernés, des correspondances de rappel pour répondre aux questions qui leur ont été adressées, sachant que la constitution fixe le délai de trente (30) jours dont dispose le Gouvernement pour donner sa réponse.

 A titre d’exemple et afin de rendre le travail Gouvernemental plus efficace, et faciliter le travail des parlementaires, le ministre a été à l’origine, dernièrement, d’une circulaire établie par le Chef du Gouvernement et adressée aux membres du gouvernement les incitants au respect des délais impartis pour répondre aux questions qui leurs seront adressés par les parlementaires.

 Le Ministre peut, sur demande du Chef du Gouvernement répondre aux interpellations et aux questions relatives au  travail gouvernemental. 

5/ La Recherche et l’information

Le ministère des relations avec le Parlement soucieux de contribuer au renforcement et à l’amélioration des relations entres les institutions de l’Etat, il œuvre  au quotidien à instaurer des espace de  réflexions et d’échanges de  point de vue en organisant des séminaires, colloques et journée d’études destinés à des parlementaires, universitaires et cadres des administrations. 

Ces rencontres sont animées par des conférenciers parlementaires et des professeurs d’universités spécialisés dans le domaine.

C’est ainsi que 07 rencontres ont été organisées depuis 2000 traitant des thèmes suivants

1/  Conférence nationale sur la relation entre le gouvernement et le   

     Parlement.

2/  Les questions orales, comme instrument de contrôle Parlementaire.

3/ Réflexion sur les dispositions des articles 103, 108 et 112 de la constitution (les sujets traités dans ce cadre concernent les incompatibilités parlementaires, la vacance et les conditions de remplacement et la démission des parlementaires).

4/ Réflexion concernant l’article 98 de la constitution, instituant un parlement bicaméral en Algérie.

5/  Etude critique de la loi organique n°99-02 au vue de la pratique.  

6/ Le bicaméralisme dans le système parlementaire algérien, et dans les systèmes comparés.

7/ Réflexion sur les disposition de l’article 120 de la constitution (traitant des procédures législatives).

 Les travaux de ces séminaires ont fait l’objet de publication et de large diffusion auprès des ministères, universités et aux parlementaires.

 Et dans le but de promouvoir le droit parlementaire, qui est une discipline toute nouvelle en Algérie, le ministère est en phase de mettre en place dans le cadre du programme MEDA II, un centre de recherche et de documentation parlementaire avec un double objectif : constituer un laboratoire de recherche composé d’experts dans les domaines ayant trait au travail parlementaire, et la mise en place d’un fonds documentaire spécialisé; l’ensemble constitue un support qui sera mis à la dispositions des décideurs.

 Egalement, dans l’objectif d’assurer une transparence dans le travail gouvernemental et de faciliter l’accès du public à l’information, le ministère s’est doté d’un site Web contenant des informations régulières sur les activités conjointes du Gouvernement et du Parlement, tant en ce qui concerne l’adoption des textes de lois que l’exercice du contrôle parlementaire.

 6/ La coopération et l’échange interparlementaire international :

 Cette mission consiste à nouer des relations avec les pays étrangers ayant des ministères similaires,  dans le but de bénéficier de leur expérience et promouvoir l’action parlementaire par le bais de la participation aux rencontres parlementaires régionales et internationales. 

Conclusion:

Si le Parlement et le Gouvernement peuvent avoir des approches différentes sur tel ou tel sujet, il ne saurait y avoir de heurts entre ces deux institutions, car de la qualité de leur rapport dépend la viabilité des intérêts supérieurs de la Nation et du choix démocratique.

 Le Ministère des relations avec le Parlement à travers son rôle de coordinateur constitue un élément essentiel qui contribue à faciliter le dialogue entre les deux pouvoirs, et ce faisant, aide  au bon fonctionnement de la démocratie et de la bonne Gouvernance.

 Certes l'expérience algérienne se singularise par sa jeunesse, mais on peut dire que des efforts ont été déployés, et que des rouages ont été mis pour permettre à une pratique de s'ancrer dans les usages, et pour que s'établissent des traditions qui permettent à la démocratie et à la bonne Gouvernance de bien fonctionner.

 

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